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TELETRAVAIL : ENTRE NECESSITE ET
DISPARITES, LA FONCTION PUBLIQUE
VA-T-ELLE SUIVRE LE PRIVE ?

Vivement encouragée par le gouvernement à se convertir au télétravail, l’administration s’est lancée dans cette transformation culturelle en ordres dispersés. Le ministère de la Fonction Publique prépare toutefois un accord sur le sujet avec les partenaires sociaux pour juin prochain, afin de fixer des règles plus claires, et inciter les managers à recourir au télétravail.

En mars dernier, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal tente d’accélérer la mise en place du télétravail dans la Fonction Publique, qui a pris du retard selon ses derniers chiffres : 56,2% des agents de l’État télétravaillaient alors un jour par semaine, loin des objectifs affichés du gouvernement. Un chiffre qui, depuis, a augmenté mais cache surtout de nombreuses disparités au sein même de la machine d’État.


Télétravail : Des disparités entre les secteurs dans la Fonction Publique

C’est l’administration centrale qui a visiblement pris le plus rapidement le pli de cette révolution mais pas seulement. Marie est manager dans une Autorité Administrative Indépendante (AAI) basée à Paris, et a complètement adopté cette nouvelle manière de travailler: “Nous ne sommes aujourd’hui qu’à un ou deux jours de présentiel par semaine. Tout s’est fait de manière assez fluide, car la hiérarchie comme les agents y sont favorables” La transition est semble-t-il plus compliquée dans les services dits déconcentrés (préfectures, directions régionales des Finances publiques…) où moins d'un agent sur deux (47%) télétravaillent au moins un jour par semaine.

Plus compliqué pour l’État d’observer la situation dans les collectivités territoriales, qui sont indépendantes, et dans lesquelles la mise en place du télétravail dépend du bon vouloir de la hiérarchie. Au sein d’une même ville, deux collectivités aux cultures diamétralement différentes sur ce sujet... Christelle, qui travaille à la mairie d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), témoigne, elle, d’une grande liberté de choix : “On a bénéficié d’une grande liberté dans l’organisation de nos plannings et de nos journées. La mairie nous a fourni des ordinateurs portables et des lignes téléphoniques pour s’y mettre assez rapidement.


L’administration publique de mieux en mieux équipée

La question du matériel pour télétravailler revient régulièrement. Marie, qui travaille au sein de l’AAI, ne peut que saluer les efforts fournis par sa hiérarchie: “On gère des données confidentielles, il a donc fallu acheter des ordinateurs portables avec des systèmes de VPN (réseau virtuel privé, ndlr), mais aussi des écrans supplémentaires et des fauteuils pour mieux s’asseoir. On nous a également proposé des aides pour s’acheter un vélo et ainsi éviter les transports en commun ou la voiture.” Celle-ci nous confie avoir même bénéficié d’une formation au management en télétravail : “La manière de s’adresser à un agent n’est pas la même en présentiel et en télétravail, forcément plus froide. On a ainsi mis en place une messagerie interne un peu plus chaleureuse que les mails de base…” Même satisfaction pour Christelle à la mairie d’Aubervilliers : “L’ordinateur portable qu’on nous a fourni remplace aujourd’hui les PC au bureau, on nous a même fourni des cartes sim supplémentaires pour nos coups de fil professionnels.

Le ministère de la Transformation et de la Fonction Publique revendique avoir acheté 170 000 ordinateurs portables pour équiper ses agents depuis le premier confinement. Mais, au sein de la Fonction publique territoriale, difficile d’ignorer les inégalités de moyens pour généraliser le télétravail : une commune riche aura moins de mal à investir dans de nouveaux équipements informatiques qu’une commune aux finances moindres. Prudence, également, dans l'interprétation brute des données sur le télétravail: les communes riches ont plus tendance à sous-traiter leurs services (espaces verts, nettoyage des rues, ramassage des ordures…) que leurs consœurs plus modestes : mécaniquement, les postes “télétravaillables” sont donc en proportion plus nombreux au sein de leur masse salariale. Il est donc forcément plus simple pour une administration aux finances favorables de faire sa “révolution”.

Des directives qui devraient se maintenir, et même à l’issue de la crise sanitaire. Le gouvernement prévoit en effet de signer un accord avec les partenaires sociaux sur le sujet en juin prochain. Pour les fonctionnaires que nous avons pu interroger, la question est réglée: “Je suis très favorable au maintien d’une part de télétravail dans ma profession, nous confie Marie. Il faut que ça se fasse dans la confiance et la bienveillance: mes jours télétravaillés ne seront pas chaque semaine les mêmes. Ils varieront selon mes différents rendez-vous. Il faut que je puisse garder ma liberté de m’organiser…” Même son de cloche à la mairie d’Aubervilliers, où Christelle trouve même que le télétravail la rend plus efficace à terme dans son travail: “Je suis plus productive avec une dose de télétravail. Une partie de mon job consiste à faire du rédactionnel et de la veille juridique, Je suis plus forcément concentrée chez moi que dans un bureau avec du monde ou du public autour”.


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