Réforme des courtes peines de prison : quel impact pour l'administration pénitentiaire ?

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Réforme des courtes peines : quel impact
pour l'administration pénitentiaire ?

Début mars dernier, Emmanuel Macron a plaidé pour une réduction des courtes peines d’emprisonnement, tout en souhaitant que les condamnations plus longues soient mieux exécutées. Une réforme destinée à redonner du sens à la peine.

 

Pour lutter contre la surpopulation carcérale, les peines inférieures à six mois pourraient bientôt s'exécuter hors de prison avec un bracelet électronique ou en semi-liberté. C’est en tout cas la volonté affichée par le gouvernement. Dans le même esprit, Emmanuel Macron souhaite également proscrire les peines de prison inférieures à un mois. Un projet de réforme qui intervient dans un contexte d’exaspération des agents pénitentiaires, confrontés à une violence grandissante dans des prisons sclérosées. La France compte aujourd'hui près de 70 000 détenus, soit près de 100 détenus pour 100 000 habitants(1).

 

La réaction mitigée des agents pénitentiaires

Parallèlement, le président de la République a opté pour une plus grande fermeté en supprimant la possibilité d’aménager les peines de prison supérieures à un an. Autre mesure phare annoncée par le gouvernement dans le cadre de ce plan global sur les prisons : la création de 1 500 postes de conseillers d'insertion et probation. Leur mission essentielle consiste à prévenir la récidive à travers le suivi et le contrôle des obligations de personnes en détention ou en milieu ouvert. Les conseillers d'insertion et probation sont actuellement 4 000 pour 250 000 personnes suivies.

 

Autant de mesures qui s’inscrivent dans le cadre du projet de loi de programmation pour la Justice 2018-2022(2). Présenté en conseil des ministres fin avril 2018, il sera soumis au parlement avant l’été. Le texte a reçu un accueil très mitigé des syndicats pénitentiaires. Ils ont notamment regretté qu’aucun dispositif nouveau n'ait été annoncé pour garantir que les agents puissent travailler en toute sécurité. Ils réclament aussi une revalorisation salariale pour faire face à leurs difficultés, mais aussi d’avantages d’effectifs pour réduire le nombre d’agressions.

 

Un impact limité sur la surpopulation carcérale

Pour l’heure, la suppression des peines inférieures à un mois de prison devrait avoir un impact limité sur la population carcérale, et donc sur le quotidien des surveillants. En effet, la plupart des 10 000 peines de moins d’un mois prononcées chaque année sont déjà converties en peines alternatives. Actuellement, seules 300 personnes purgent une peine de ce type en prison. Par ailleurs, la suppression des aménagements pour les peines supérieures à un an contribuera forcément à augmenter le nombre de détenus.

 

En revanche, la hausse du nombre de conseillers d'insertion et probation devrait permettre d’alléger la charge de travail et d’améliorer l’accompagnement des personnes condamnées. Aujourd’hui, un seul agent a souvent plus de cent dossiers à suivre.

 

Une réforme sensible

Rappelons enfin qu’il s’agit d’une réforme particulièrement sensible à laquelle les associations de victimes sont très attentives. Pour ne pas donner une image de laxisme, le gouvernement tentera de trouver le juste milieu entre contraintes budgétaires et fermeté.

Sources :

(1)https://www.lexpress.fr/actualite/politique/lrem/reforme-des-prisons-macron-ne-veut-plus-d-amenagement-pour-les-peines-de-plus-d-un-an_1990230.html

(2)https://www.gouvernement.fr/action/projet-de-loi-justice-2018-2022

Crédit : iStock / josefkubes