BFM S'ENGAGE

ÉCHANGE EXPRESS
AVEC THIBAULT, POMPIER

Céline Olivier : Depuis combien de temps êtes-vous pompier et dans quelle caserne travaillez-vous ?

Thibault : Je suis tout jeune dans le métier puisque cela fait un peu plus de 6 ans. Je travaille dans la caserne de Massena dans le 13e arrondissement de Paris.

 

CO : Être un soldat du feu, vous en rêviez depuis tout petit ?

T : Tout à fait ! J’ai une histoire vraiment banale à ce sujet : mon oncle que je voyais très souvent était déjà pompier. Il m’a bercé de ses épopées, de ses récits, durant toute ma jeunesse. Je le considérais comme un héros du quotidien, de ceux qui ne portent pas de cape et qui préfèrent rester dans l’anonymat. Aujourd’hui encore, il l’est à mes yeux pour tous ses accomplissements.

 

CO : Qu’est-ce qui vous plaît ? Que vous apporte votre métier ?

T : L’avantage de mon métier c’est qu’il est une passion. Finalement, peu de boulot sont ainsi. Vous vous sentez souvent forcé d’aller au travail afin de gagner de l’argent. Pas moi ! Ce que j’apprécie tout particulièrement c’est le sentiment d’être utile aux autres. Avoir la possibilité de mettre mes connaissances acquises et mes aptitudes physiques au service de ceux qui en ont besoin. J’en retire une satisfaction personnelle, évidemment, mais aussi une sorte d’apaisement. Quelque part, j’aime à penser que j’aide un peu les parisiens à se sentir mieux et en sécurité.

 

CO : Est-ce que vous avez parfois peur dans l’exercice de votre métier ?

T : Naturellement. La peur fait partie du métier. Le plus important est de savoir la contrôler et d’en tirer parti. Une peur maîtrisée est une peur qui vous fera prendre les bonnes décisions au bon moment.

 

CO : Combien pèse votre matériel ?

T : Totalement équipé pour partir sur incendie, au moins 20/25kg. Autant vous dire qu’en entraînement, lorsqu’il faut porter nos camarades les plus lourds, ce n’est pas une partie de plaisir pour le porteur.

 

CO : Quel conseil donneriez-vous à une femme qui souhaite devenir pompier ?

T : Qu’elle se lance à fond. Qu’elle n’hésite pas. Il y aura toujours des personnes pour critiquer, pointer du doigt mais le plus important est de faire ce que l’on souhaite. C’est un peu bateau comme conseil mais parfois la vie est très simple et on cherche à la rendre compliquée. J’encourage vivement toutes les femmes qui veulent s’engager dans ce fabuleux métier à le faire.

 

 

CO : Comment faites-vous pour gérer votre vie pro et votre vie familiale ?

T : Concernant les retours d’intervention, c’est parfois compliqué d’en parler ; j’ai toujours une certaine réticence à raconter en détails les cas qui me marquent. Je ne veux pas les imposer à quelqu’un qui n’a pas choisi d’être pompier. Je vous rassure, cela n’arrive pas tous les jours non plus !

 

CO : 99%, selon un récent sondage, c’est le taux de confiance que vous inspirez aux français[1]. Comment expliquez-vous un tel amour ?

T : 99% ? Autant ?! En premier lieu, c’est génial ! Ensuite, j’imagine que le fait d’aider les citoyens sans jamais avoir un rôle de punition aide énormément notre cote de popularité à rester stable et surtout très haute.

 

CO : Quel est votre souvenir le plus marquant ?

T : C’est extrêmement délicat d’en parler ainsi. Toute intervention revêt un caractère quelque peu personnel. Je peux simplement vous répondre que les interventions difficiles s’inscrivent au fer rouge quelque part dans votre tête. Elles demeurent là, gravées dans vos souvenirs.

 

CO : Avez-vous une anecdote incongrue à nous raconter ?

T : Imaginez-vous : je suis de repos, milieu de soirée, je rentre d’un restaurant avec des amis, le métro ligne 6 qui s’arrête à Glacière et qui ne redémarre pas. Je descends afin de voir ce qu’il se passe. Stupeur ! Une femme est sur le point d’accoucher ! Je fonce alors porter assistance. Je suis accompagné d’une neurochirurgienne de la Pitié Salpêtrière (que je salue) afin d’accompagner la future maman dans son travail. Des respirations saccadées, des « poussez madame », des « je vois sa tête ! », des cris, des pleurs, des couvertures, et des collègues qui arrivent, retrouvant le bébé auprès de sa mère heureuse. Et moi ? Je rentre, un sourire jusqu’aux oreilles, la tête dans les nuages pour un moment fugace, complice, entre divers inconnus.

[1] Enquête réalisée par le cabinet d'études GfK Verein