Des concours administratifs moins attractifs ?

DÉCRYPTAGE

Concours administratifs :
La Fonction publique
est-elle moins attractive ?

Le nombre de candidats qui présentent les concours externes des trois Fonctions publiques a tendance à diminuer. Faut-il y voir un signe de la perte d’attractivité de la Fonction publique ? Penchons-nous ensemble sur les racines du problème et les premières pistes à l’étude pour y remédier.


La Direction générale de l’administration et de la Fonction publique (DGAFP) s’inquiète de la " baisse d’attractivité globale des postes de la Fonction publique aussi bien dans la fonction publique d’État, que territoriale et hospitalière. " Comment retourner ce phénomène ?


Perte d’attractivité : toute la Fonction publique concernée


Selon la DGAFP, trois principaux indicateurs attestent de cette baisse d’attractivité.

Tout d’abord, le taux de sélectivité, c’est-à-dire le rapport entre le nombre de candidats présents et le nombre de candidats admis à un concours, " est à son plus bas niveau depuis 2001. " Actuellement, dans la Fonction publique d’État, le taux de sélectivité est de 3 à 9 candidats par poste en catégorie A (selon le type de concours), de 5 à 16 en catégorie B et de 9 à 17 en catégorie C.

On observe également une baisse du nombre de candidats inscrits à la plupart des concours, et ce malgré une stabilité globale du nombre de postes à pourvoir. C’est le cas notamment dans la Fonction publique territoriale, où le nombre de candidats aux concours d’administrateur est passé de 1 145 à 628 entre 2014 et 2018.

Cette relative désaffection se manifeste enfin par un fort taux d’absentéisme le jour de l’examen, une tendance qui s’est accentuée entre 2015 et 2016.


Des idées reçues qui pèsent sur l’attractivité des carrières


Pour expliquer ce phénomène, il faut d’abord se pencher sur l’état d’esprit des candidats. Un certain nombre de clichés ou idées reçues circule à propos de la Fonction publique, en particulier en ce qui concerne la rémunération. Certaines annonces, comme le gel durable du point d’indice, peuvent ainsi être susceptibles de décourager les candidats. Un argument battu en brèche par la statistique. Dans la Fonction publique d’État, par exemple, les salaires sont équivalents à ceux du privé en catégorie A et B, et de 20 % supérieurs pour les postes de catégorie C.

Autre élément d’analyse, le manque de pédagogie à propos de la Fonction publique. De l’aveu même du gouvernement, qui faisait ce constat sur le Forum de l’action publique, et "la diversité des métiers de la Fonction publique reste trop méconnue." La Fonction publique " est aussi parfois perçue, sans doute à tort, notamment par les jeunes générations, comme trop hiérarchisée, trop impersonnelle et peu agile. " Le think-tank Ifrap abonde dans ce sens et met en avant la perception d’une mobilité réduite et d’une absence de valorisation du mérite individuel. Ces objectifs figurent au cœur des dernières réformes et il faudra sans doute attendre quelques années afin de pouvoir en mesurer les effets.


Remettre à plat le recrutement par concours


Au-delà de ces explications, c’est le principe-même du concours qui semble être en question. Le sacro-saint concours de la Fonction publique a déjà subi un ripolinage à la suite du rapport Desforges de 2008 : réduction du nombre d’épreuves, adaptation de leur contenu aux compétences, valorisation de l’expérience professionnelle à travers un oral. Si une petite révolution a été initiée, les résultats ne semblent pas au rendez-vous.

Sans remettre en cause ces priorités, la DGAFP souhaite accélérer cette modernisation des concours en agissant sur trois dimensions.

  • La communication, à travers le renforcement de l’information sur les postes à pourvoir aux concours de catégorie B et C.

  • La simplification et la professionnalisation des épreuves, ensuite. Malgré les efforts accomplis, il est encore nécessaire de réduire leur nombre et de faire évoluer leur contenu. Introduire des cas pratiques et/ou des mises en situation permettrait ainsi de mieux identifier des aptitudes et des compétences. 

  • L’ouverture du concours, enfin. Parmi les pistes sur la table, on parle de la généralisation des concours de la troisième voie – réservés aux candidats provenant du secteur privé ou associatif – ou du développement sur certains postes de l’admission sur titres avec sélection par dossier.

Le renforcement de l’attractivité des concours de la Fonction publique, et par corollaire de la Fonction publique, semble donc passer par l’ouverture à de nouveaux profils et une professionnalisation accrue. Et si la mobilité accrue des fonctionnaires constituait une autre solution pour dépasser cette perte d’attractivité ?



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